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Récit fictif : les pyramides de Bosnie

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Auteur: Saša Buljević

Traduit par: Emilie Thierceault

Il y a neuf ans, Semir Osmanagić affirmait avoir découvert des pyramides sur le site de Visočica (au nord-ouest de Sarajevo). Ces dernières années, le soutien du public à ce chercheur autoproclamé est passé de l’exaltation et de l’attention médiatique,  y compris un documentaire à propos des pyramides, à la déception et à la censure. Avec le désaveu médiatique, il m’a semblé que l’euphorie sur cette question était enfin retombée et qu’Osmanagić et ses pyramides seraient bientôt oubliées, à l’image d’autres absurdités qui apparaissent de temps en temps et sont présentées comme de brillantes idées.

Depuis que je suis étudiante en archéologie, on me pose toujours la même question lorsque je parle avec des profanes : « Qu’en est-il des pyramides de Visoko ? ». La répétition continuelle de cette question montre bien qu’Osmanagić et ses pyramides ne sont pas oubliés bien que les experts et les médias semblent les ignorer.

L’existence des pyramides perdure dans l’esprit des gens qui sont peu familiers avec l’archéologie et la riche culture ancienne de la Bosnie-Herzégovine. Cependant il ne devrait pas être difficile de démolir rationnellement l’hypothèse des pyramides de Visoko. Des connaissances de base en archéologie et en préhistoire concernant la région sont suffisantes pour le faire. En effet il y a dans la thèse présentée par Osmanagić beaucoup de contradictions, qu’il n’a paradoxalement pas cherché à cacher.

Dans son livre « La pyramide du soleil  de Bosnie», Osmanagić révèle dès le départ la superficialité de ses connaissances concernant les mécanismes de construction identitaire et la formation des communautés sociales. Il banalise ces questions en les rapportant à la recherche génétique. Ainsi, selon lui, la construction identitaire et l’identification de l’individu sont uniquement influencées par  le code génétique.

Il est évident qu’Osmanagić a une compréhension littérale et simpliste de la terminologie, en effet il remplace les noms ennuyeux d’haplogroupes par les noms des populations et groupes ethniques où  ceux-ci sont majoritaires. Or les gènes ne jouent pas vraiment de rôle significatif dans le processus de création de l’identité. Ce processus est le produit de relations sociales (et non biologiques !) complexes.

Il y a une explication simple au fait qu’Osmanagić ne parle pas beaucoup de pyramide dans son nouveau livre : c’est qu’il n’y a pas de pyramide ! Les tests géotechniques n’ont fait apparaître rien d’autre que des formations naturelles de roches, qu’Osmanagić  tente désespérément d’attribuer à un produit de l’activité humaine à l’aide de stéréotypes New Age sur l’harmonie entre les hommes du passé et la nature. Ce qui surprend également, c’est la façon dont Osmanagić (à partir de deux ou trois sondages et des analyses superficielles du site) résout le problème de la construction de la pyramide, présentant ses propres hypothèses comme une vérité objective. D’après les analyses des laboratoires, il est peu vraisemblable qu’une influence humaine soit pour quelque chose dans la formation de ce matériau géologique. Toutefois ces conclusions n’affectent pas les idées d’Osmanagić, qui évoluent de manière de plus en plus délirante au fur et à mesure que ses analyses s’étendent à d’anciens sites d’Herzégovine et de la région Adriatique.

Ces dernières années, le côté délirant des  idées d’Osmanagić s’est accentué, et on entend constamment parler de ventes d’eau miraculeuse provenant des pyramides, de creusement de tunnels imaginaires, de découverte de champs d’énergie, d’orbes lumineux, etc. Cela nous indique le lien entre ses idées et les séries de science-fiction d’History Channel (une chaine télévisée des États-Unis) « Ancient Aliens » (repris en France sous la série « Alien Theory »), ainsi que les écrits de l’auteur de science-fiction Erich Von Däniken. Malheureusement, History Channel et Däniken ont tendance à tromper leurs spectateurs et leurs lecteurs en présentant leurs histoires de science-fiction comme des faits scientifiques.

Étant donné qu’il est aisé de  noter toutes les insuffisances de cette thèse sur les pyramides, la question est de savoir pourquoi les gens croient toujours aux affirmations de Osmanagić et pourquoi il est si difficile d’expliquer que les pyramides sont inexistantes. À mon avis, la réponse à cette question se trouve aussi bien dans la situation économique et politique difficile dans laquelle est notre société, que dans le manque d’informations concernant les vrais trésors culturels de notre pays.

Cette affaire est aussi le révélateur d’un problème plus profond, incluant un système éducatif déficient et un manque de projet et de coordination entre les archéologues lorsqu’il s’agit de vulgarisation de l’archéologie. Cependant il est à signaler que certaines institutions culturelles, malgré une situation difficile, tentent de changer l’état des choses dans ce domaine et sont en train de créer des programmes éducatifs avec peu ou pas de moyens.

Dans ce contexte, les pyramides imaginaires d’Osmanagić sont devenues une part de l’identité nationale bosnienne,  objets de croyance et non d’étude. C’est en même temps la caractéristique la plus dangereuse de la théorie des pyramides de Bosnie, car il est assez difficile de briser une croyance avec des faits scientifiques et logiques. Ainsi, chaque critique de la théorie des pyramides semble être blessante pour les Bosniens qui considèrent les pyramides comme une partie de leur identité nationale.

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